Le premier week-end – Part III et Fin

micro-systemes-n1J’ai passé une bonne partie de la journée à essayer le maximum d’instructions du langage Basic en suivant la doc. Beaucoup d’essais, pas mal d’erreurs et d’incompréhensions. La plus marrante à ce moment là, c’est l’utilisation du lecteur de cassette.

J’ai mis plusieurs jours — et fait des tests pour confirmer le fonctionnement — pour comprendre que ce que l’on enregistrait sur la K7 restait sur la bande. Et qu’il était donc inutile de réécrire dessus le même programme que l’on avait chargé en mémoire à partir de la dite K7. Ça vous fait marrer comme ça, mais remettez-vous dans le contexte et imaginez vos têtes — qui ont déjà du mal à faire un glisser-déposer — devant un TRS-80 à essayer d’en comprendre le fonctionnement et à en tirer quelque chose d’utile. Vous rigolez déjà moins.

Le premier constat que je peux faire, c’est que cette activité non seulement prend beaucoup de temps, mais en plus, vous ne le voyez pas passer… Le temps…  Si vous vous souvenez, on est arrivé à 8H du mat’ ce samedi. Je vais bricoler un peu pendant deux heures et me coucher pour récupérer de ma nuit. Je vais me réveiller vers les 15H pour allumer le micro et rester scotché dessus jusqu’à 22H passé !

Plus de trente ans après cet épisode, cela m’arrive encore d’être à ce point concentré sur ce que je fais que j’en oublie parfois qu’il existe un monde autour. Un monde qui t’a probablement déjà appelé trois fois pour venir manger et à qui tu vas dire en avalant la première bouchée : « C’est froid… ». Bon, là tu te fais tout petit en essayant d’éviter la soupière qui t’arrive direct dans ta face de décérébré inconscient ! Et c’est en cela que le temps et l’expérience sont importants car aujourd’hui, dans cette même situation… je me tais…

Après un petit encas, je repartais dans mes délires primo-informatiques toute la nuit. C’est ma petite maman qui va ouvrir la porte de ma chambre le dimanche matin de bonne heure pour demander si je m’étais couché. Réponse négative. Je vais déjeuner avec elle tout en lui parlant de ce que j’avais fais. Elle acquiesçait à tout ce que je racontais parce qu’elle voyait bien que son fils était parti dans un truc qui la dépassait légèrement mais elle ne voulait pas casser son enthousiasme. Elle ajouta quand même entre mes pauses pour respirer : « Mange mon fils, mange… »

Après cette pause, je ne vais quasiment pas m’arrêter.

Le soucis quand je travaillais de nuit à cette époque, c’est qu’une fois passé la période du matin, si je ne me couchais pas, qui plus est si j’avais pris du café, j’étais reparti pour un tour de cadran. Ou presque… Au grand dam des amis avec qui j’allais au cinéma le samedi soir par exemple et qui, confort et pénombre faisant, me trouvaient endormi du sommeil du juste devant le grand écran à la fin du film.

Le dimanche en fin d’après-midi j’ai eu la visite de mon meilleur pote et sa copine. Je crois que je n’avais jamais vu quelqu’un d’aussi enthousiaste et aussi fêlé que moi devant un ordinateur. D’ailleurs, comme moi, il est aujourd’hui « dans l’informatique ».

On va passer une bonne partie de la fin d’après-midi et de la soirée à essayer de faire fonctionner des programmes que l’on avait repris de magazines d’informatiques. Le premier que j’ai acheté, c’est « Micro Systèmes ». Vous avez le numéro 1 en illustration de ce billet qui est daté de Septembre/Octobre 1978. Mes premiers numéros datent d’un peu avant l’acquisition du TRS-80, le 3, 4 ou 5. D’ailleurs j’en ai conservé quelques-uns de cette période mais nous reviendrons sur les magazines qui méritent un billet spécial.

Deuxième partie marrante du week-end après le lecteur de cassette : on essayait d’entrer des programmes — à tour de rôle un à la lecture, l’autre à la frappe — à partir de listing publiés dans les magazines mais nous ne savions pas que c’était fait pour d’autres ordinateurs, qui causaient aussi Basic, mais pas le même. On découvrait dans la douleur — après avoir passé beaucoup de temps à la saisie — les problèmes de compatibilités entre systèmes !

Il y avait un listing qui m’avait particulièrement marqué car il y avait des caractères graphiques dedans de ce style là et que nous ne trouvions nulle part sur le clavier du TRS-80. Normal, c’était issu du Basic du Pet de Commodore dont les concepteurs n’avaient rien trouvé de mieux que de réinventer le code ASCII en le transformant en PETSCII, rendant de ce fait incompatibles les tables de caractères entre les différents langages de programmation Basic utilisés à ce moment là.

Du coup, quand on tapait la commande ‘RUN’ pour lancer notre programme patiemment entré dans la mémoire du TRS-80, nous avions droit à un ‘Syntax Error’ de circonstance à chaque ligne. Nous avions beau corriger et essayer d’adapter, mais cette soirée là, aucun des rogrammes saisis n’avaient fonctionné.

C’était un démarrage qui aurait démotivé la moitié de la planète. Mais pas nous 🙂 On s’était promis d’y revenir. D’ailleurs, nous avions fini cette soirée à 2H du matin et sa copine dormait déjà depuis longtemps dans le lit à côté.

Résultat du premier week-end d’immersion totale dans les débuts de la micro-informatique :

35H d’affilée sans dormir devant cette satanée bécane ; deux problèmes chocs rencontrés ; un ami intoxiqué à jamais et des perspectives monstrueuses d’apprentissage. Plutôt que de m’abattre, j’étais motivé au plus haut point pour en découvrir et en apprendre encore plus.

Cette nuit là, quand je me couche et que je ferme les yeux, je vois défiler devant mes yeux, dans le noir complet, des listings et des listings de caractères ésotériques… Et ce n’est que le début…

PapGeek !

4 réflexions sur « Le premier week-end – Part III et Fin »

  1. Math

    Epique.
    Ah les listings de code à taper, ça a duré tellement longtemps ça…
    Les jeunes ne peuvent pas comprendre à quel point c’était l’enfer sur Terre.
    En dehors des fautes de frappes, t’avais même des magazines qui te refilaient un code erroné à taper, en attendant l’errata de la semaine / du mois d’après…
    Syntax Error ?! Cétoisintaxéror !!!

    PS : Une tite coquille sur la datation de ton Micro Systèmes

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