Le premier week-end

trs80-model1En Juin 1979 je réintègre mon équipe de tirage couleur automatique au laboratoire photographique. Pendant cette période, comme j’avais été formé l’année précédente, j’allais travailler de nuit les mois suivants afin de passer la première partie de mon activité avec l’équipe de la préparation et du développement film puis, dès les premières galettes sorties, je devais monter à l’étage du tirage automatique pour démarrer le tirage sur papier.

Les machines étaient des Kodak 2610 et 3510. Nous en avions trois, deux 2610 et la plus récente une 3510. Nous disposions aussi par la suite d’un ensemble Technet qui permettait d’analyser les tirages et d’optimiser la production en qualité.

Le responsable du tirage automatique était un jeune homme tout droit sorti de l’école de photo avec un bagage technique important et cela contrastait avec le précédent responsable qui m’avait formé et qui lui était un instinctif, avec certes une base technique scolaire, mais une bonne expérience et surtout un feeling extraordinaire pour régler une production en peu de temps. J’ai beaucoup appris des deux, en feeling et en technique pour régler les machines.

Les 2610/3510 que vous pouvez voir en photo, étaient pilotées par un mini-ordinateur. Il est dans le bloc au-dessous de la visu. Mais cette photo datant de 1990, les choses avaient bien évoluées. En 1978/1979, nous utilisions un Teletype ASR 33, pour entrer les données, et ceux qui ont fait leur service militaire dans les transmissions doivent probablement connaitre ce matériel.

Nous tapions des commandes pour calibrer la machine avec les données qui étaient entrées auparavant par la personne en charge de régler la production, à l’aide de la bande perforée que l’on voit à gauche sur la photo. Je me souviens encore de ces trois commandes tapées un nombre incalculable de fois : SCAN, DEN, VOL. Entre chaque commande, l’ordinateur renvoyait sur l’imprimante du Télétype qui s’exécutait avec un boucan de tous les diables, les données d’analyse. Une fois les trois entrées, on pouvait lancer la machine de tirage automatique. Celle-ci avait été équipée au préalable d’un chargeur contenant un rouleau de papier Lustré ou Brillant selon le travail à exécuter et d’une galette de films 35 mm couleur.

…/…

J’avais donc lancé ma demande d’échange à mon collègue alors responsable du service de tirage automatique. Celui-ci avait répondu rapidement et favorablement et nous avions convenu de nous retrouver le samedi matin au labo où je finissais à 6H du matin (on faisait 42, 41 ou 40H à l’époque, et les 39H sont arrivées en 1982). Il m’a ramené chez moi, en fait chez mes parents, et nous avons monté mon premier micro-ordinateur dans ma chambre, sur un bureau que j’avais préparé pour l’occasion.

La configuration que nous avons installée est celle qui figure en illustration de ce billet. Un Tandy Radio Shack TRS-80 Modèle 1 – 4K – Basic Level II. Oui, vous avez bien lu, 4K c’est 4 kilo-octets de mémoire RAM ! Ça fait tout drôle quand on pense que le Raspberry Pi que je viens d’acheter à 40€ est équipé de 512 Mo de RAM et que le commun des micro d’aujourd’hui dispose de 1 ou 2 Go de base, et au-dessus,  4 à 8 Go !

Mais à l’époque cela suffisait à faire tourner des programmes en Basic et surtout à apprendre à se servir du bazar. La configuration était composée d’un clavier QWERTY qui comportait dans sa base toute l’électronique de l’ordinateur dont le micro-processeur était le fameux Z80 de la société Zilog qui a équipé un grand nombre de machines. Un écran d’une « résolution » de 127×47 (sic) Ce n’était pas des pixels comme on le voit aujourd’hui, mais des pavés  ! Cela ne nous a pas empêché de faire tourner une version de Flight Simulator ! Je vous l’accorde, nous avions parfois du mal à distinguer une montagne d’une piste d’atterrissage, ce qui ne nous aidait pas à améliorer notre pilotage.

Voici ce que cela donnait :

Oui, on a souffert pendant des années avec ce genre de résolution ! A côté de ça, quand on voyait la version Apple II en couleur et d’une meilleure définition, on était jaloux. Mais l’Apple II coûtait plus du double du TRS-80. Comme quoi les prix d’Apple, c’est pas d’aujourd’hui 🙂 Le TRS-80 valait de base dans les 4500 francs alors que l’Apple IIe était à 9990 frs et plus selon les options (vous trouverez bien un convertisseur Euro vous-même)

Dernier accessoire indispensable, le lecteur de cassette. Il servait à lire des cassettes du commerce où les logiciels étaient enregistrés, et à y enregistrer les programmes  que vous aviez écrit pour les sauvegarder. Pour les sauvegardes, c’était des cassettes communes,  des pas trop chers et surtout pas trop longues — 60 mn max, le mieux des 30 mn — pour ne pas mettre 10 plombes à trouver le programme enregistré au fin fond de la cassette, et surtout, pour ne pas abimer le lecteur qui détruisait un peu trop souvent la bande car les moteurs d’entrainement n’étaient pas prévus pour enrouler des 90 mn. On utilisait principalement des normales Type 1 ou des Chrome Type II. Jamais de Ferro-Chrome ou de Metal. De toutes façons beaucoup trop cher pour nos maigres moyens.

Quand vous allumiez un micro-ordinateur de cette époque, il était inutilisable tel quel. Il fallait lui donner un programme à lire et à faire tourner.

À bientôt pour la suite de ce week-end car nous étions le samedi matin vers 8H et je ne reprenais le travail que le lundi suivant à 22H. Cela nous laissait du temps pour explorer ce nouveau jouet qui allait vite devenir une drogue…

PapGeek !

3 réflexions sur « Le premier week-end »

  1. Math

    Je n’en reviens pas de Flight Sim sur TRS-80. Oulala, c’est plus du retro-gaming là, c’est encore un autre niveau. A part la vue de dessus, c’est complètement injouable. J’en reviens pas. Fallait avoir une imagination débordante là, c’est limite plus imagé en mode texte.

    Sinon les ordis qui avaient besoin de charger l’OS pour être utilisé, c’est toujours un peu le cas aujourd’hui et quand j’en vois certains démarrer, le temps de chargement des cassettes n’est pas très loin !

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    1. PapGeek

      Et la cassette mettait près de 10 minutes pour charger Flight Sim. En plus, tu n’étais jamais certain que le réglage du biais était bon et donc une fois sur deux, au bout d’un quart d’heure de lecture de cassette ça foirait !

      Répondre
  2. Ping : 40 ans de micro-informatique ! | PapGeek

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